Religion

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Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’article 3 de la Constitution dispose que « la religion dominante en Grèce est celle de l’Église orthodoxe orientale du Christ ».[1] La liberté de religion et de conscience est garantie à l’article 13, qui dispose que « toute religion connue est libre, et les pratiques de son culte s’exercent sans entrave sous la protection de la loi ». Cet article interdit le prosélytisme et les infractions portant atteinte à l’ordre public à travers les pratiques cultuelles. Il est également précisé que les ministres de toutes les religions connues ont les mêmes obligations que l’Église orthodoxe grecque, et sont également soumis à la même surveillance de la part de l’État.[2]

L’article 16 est fondamental pour comprendre le rôle de l’État dans l’éducation religieuse. Il définit l’éducation et le développement de la conscience nationale et religieuse comme une mission fondamentale de l’État.[3]

En 2014, le gouvernement a promulgué une loi réglementant les questions religieuses : la Loi sur l’organisation de la forme juridique des communautés religieuses et leurs organisations. L’article 16 de cette loi dispose que l’Église orthodoxe grecque, ainsi que les communautés juive et musulmane, ont traditionnellement été reconnues comme des personnes morales religieuses officielles. D’autres communautés religieuses, telles que celles des catholiques romains, anglicans, orthodoxes éthiopiens, coptes, orthodoxes arméniens, orthodoxes assyriens ainsi que de deux groupes évangéliques, ont été officiellement reconnues en tant qu’entités légales à l’article 13. Grâce à cette reconnaissance, un groupe religieux devient une « religion connue », comme précisé à l’article 17. Cela permet à chacun de transférer légalement des biens ainsi que de tenir des lieux de culte, institutions monastiques, et en général des bâtiments de rassemblement à des fins religieuses. L’article 3 décrit le processus d’enregistrement. Le groupe doit prouver qu’il n’a pas de doctrines secrètes et qu’il fonctionne ouvertement.[4]

En avril 2017, le polythéisme grec ou « religion hellénique » a obtenu une reconnaissance juridique en tant que « religion connue » par le Ministère grec de l’éducation, de la recherche et des affaires religieuses.[5]

Selon le rapport international sur la liberté religieuse des États-Unis de 2016, l’Église orthodoxe grecque a reçu des fonds du gouvernement et un soutien qui n’ont pas été offerts aux autres groupes religieux. Cela incluait le paiement des salaires, la formation religieuse du clergé et le financement de l’instruction religieuse dans les écoles. L’Église orthodoxe grecque maintient des liens institutionnalisés avec le Ministère de l’éducation et des affaires religieuses. Les minorités musulmane, catholique et juive bénéficient en partie et dans une moindre mesure d’avantages similaires. Les trois muftis officiels ainsi que quelques imams de la communauté musulmane de Thrace reçoivent leur salaire par l’intermédiaire du gouvernement. Ce dernier a également financé la formation religieuse catholique et les salaires des enseignants catholiques dans les écoles publiques sur les îles de Syros et Tinos, ainsi que des programmes de sensibilisation à l’Holocauste pour les étudiants et les enseignants.[6]

Les communautés musulmanes, non reconnues comme faisant partie de la minorité créée par le traité de Lausanne, ne bénéficient pas d’avantages tels que le droit à l’éducation bilingue, des quotas spéciaux pour entrer à l’université et des emplois dans le secteur public. Elles ne peuvent avoir recours au droit musulman de la charia en matière familiale ou suivre des cours d’instruction religieuse islamique facultative dans les écoles publiques.

Une question d’actualité entre le gouvernement et la communauté musulmane de Thrace est la pratique de la nomination des mouftis par le gouvernement, au lieu de la possibilité de les élire directement. Le gouvernement défend cela comme sa compétence, parce que les mouftis ont des pouvoirs judiciaires. Les musulmans ont en outre critiqué l’absence de cimetières islamiques en dehors de la Thrace, ainsi que le retard dans la construction d’un lieu de culte officiel à Athènes.[7] La construction a été approuvée en 2014 et la mosquée était supposée ouvrir en avril 2017, mais elle est encore inachevée.[8]

En novembre 2017, deux mouftis, Ahmet Mete et Erkan Azizoğlu, ont été condamnés à sept mois de prison par un tribunal de Thessalonique pour avoir perturbé une cérémonie religieuse et pour usurpation d’autorité lors de la cérémonie funéraire d’un membre de la minorité turque musulmane. La Cour a jugé qu’ils usurpaient l’autorité requise pour diriger le service de prière du moufti désigné par l’État pour la ville de Xanthi. Suite à la décision de la Cour, les peines d’emprisonnement ont été suspendues.[9]

En janvier 2018, le gouvernement a introduit une nouvelle législation autorisant les membres de la communauté musulmane de Thrace à opter pour des tribunaux séculiers dans les affaires relatives au divorce, à la garde des enfants et aux successions, plutôt que pour des tribunaux islamiques. Alors que les lois régissant la charia ne sont pas entièrement abolies, des choix alternatifs se présentent maintenant à la minorité musulmane de Thrace.[10]

En mars 2018, 2000 manifestants se sont rassemblés devant le Parlement pour exprimer leur désaccord avec les nouveaux manuels scolaires dont la partialité envers l’Église orthodoxe grecque était moins forte et qui présentaient d’autres groupes religieux de façon plus neutre. Selon World Religion News, certaines pancartes brandies par des manifestants comportaient des inscriptions hostiles aux auteurs des manuels, les qualifiant de traîtres à la Grèce. Sur d’autres, on pouvait lire : « Non à la religion œcuménique ». Les manifestants ont présenté leur pétition au Parlement et se sont dispersés pacifiquement.[11] Plus tard au cours du même mois (mars), le Conseil d’État hellénique a déclaré inconstitutionnels les changements apportés par l’ancien ministre de l’éducation Nikos Filis. Ils violeraient l’article 16 de la Constitution.[12]

Incidents

Il est parfois difficile de distinguer les crimes de haine fondés sur l’ethnicité de ceux fondés sur la religion. Selon un rapport d’Aljazeera, le nombre d’attaques contre des immigrés a augmenté au cours des dernières années. Il a toutefois été noté que le parti d’extrême droite Aube Dorée, qui était auparavant à l’avant-garde de la violence raciale ou à motivation religieuse, a réduit ses attaques. L’auteur de l’article lie ce déclin aux procès en cours contre certains membres de l’organisation qui ont été arrêtés ces dernières années.[13]

Selon un article paru dans le National Catholic Reporter, la relation entre les communautés orthodoxe et catholique est souvent meilleure sur les îles que sur le continent et dans les grandes villes. L’article souligne également les difficultés économiques des paroisses catholiques qui ne reçoivent pas le même soutien de la part de l’État que l’Église orthodoxe grecque, et qui ont été durement touchées par les hausses d’impôts de ces dernières années.[14]

Un pas en avant pour la liberté religieuse a eu lieu quand le pape François a effectué une courte visite sur l’île de Lesbos en avril 2016. L’atmosphère était calme, si on la compare à l’hostilité que le pape Jean-Paul II avait rencontrée lors de sa visite en 2001. Le pape François a été invité par le patriarche Bartholomée à participer à une manifestation œcuménique sur la question des réfugiés.[15]

Perspectives pour la liberté religieuse

Sur le long terme, la situation s’est améliorée par rapport à il y a plusieurs années, mais les changements n’ont eu lieu que lentement. Il faut toutefois noter que la tendance générale va dans la bonne direction. Des efforts sont faits pour améliorer le niveau de liberté religieuse dans le pays. Là encore, la crise actuelle des réfugiés, qui a frappé la Grèce de façon particulièrement dure, représente un grand défi. Les actes d’intolérance à l’encontre des musulmans sont en hausse, mais les autorités compétentes restent prêtes à faire respecter la loi.

Sources / notes de fin de texte

[1] Constitution of Greece from 1975,  https://www.constituteproject.org/constitution/Greece_2008?lang=en

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4]www.legislationline.org/download/action/download/id/5782/file/Greece_law_Organization_legal_form_religious_communities_orgs_2014_en.pdf

[5] Philip Chrysopoulos, Greece.greekreporter.com, 20 avril 2017,  http://greece.greekreporter.com/2017/04/20/greek-state-recognizes-paganism-as-religion/

[6] Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom –Greece, U.S. Department of State, http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2016&dlid=268820

[7] Ibid.

[8] trtworld.com, 8 mars 2018 https://www.trtworld.com/europe/muslims-call-on-athens-to-finish-building-the-city-s-mosque-15765

[9] 17 novembre 2017,  http://www.hurriyetdailynews.com/turkey-criticizes-greece-for-convicting-muslim-clerics-122573

[10] Helena Smith, The Guardian, 11 janvier 2018, https://www.theguardian.com/world/2018/jan/10/historic-step-greek-pm-hails-change-to-limit-power-of-sharia-law

[11] Corey Barnett ‘Greek Priests Protest New Religious Textbook’, World Religion News, 6 mars 2018, https://www.worldreligionnews.com/religion-news/greek-priests-protest-new-religious-textbooks

[12] ‘Changes in religion lessons unconstitutional, say Greek state council’, neokosmos.com, 21 mars 2018, https://neoskosmos.com/en/112743/changes-in-religion-lessons-unconstitutional-says-greek-state-council/

[13] Patrick Strickland, Aljazeera.com, 19 janvier 2018, https://www.aljazeera.com/news/2018/01/greek-neo-nazi-group-threatens-muslim-association-180119103914680.html

[14] https://www.ncronline.org/news/world/greeces-beleaguered-catholics-long-crisis-continues

[15] Nicole Winfield ‘Migrant Mission to Greece Models Catholic-Orthodox Unity’ americamagazine.com, 14 avril 2016, https://www.americamagazine.org/issue/migrant-mission-greece-models-catholic-orthodox-unity

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