Religion

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Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

L’article 11 de la Constitution dispose qu’« aucune religion n’est instituée comme religion d’État ou religion obligatoire ». L’article 21 interdit la discrimination religieuse. L’article 43 garantit la liberté religieuse, dont le droit de se convertir.[1]

Après des décennies de répression sous le communisme, la religion a commencé à prospérer à nouveau dans les années 1990. L’éclatement de la Yougoslavie a entraîné un besoin à la fois de renouveau des valeurs et de rétablissement de la religion et des traditions. Dans ce pays, religion et ethnicité sont inextricablement liées et l’orthodoxie reste au cœur de l’identité serbe. Lors du recensement de 2011, la population s’identifiait aux identités ethniques suivantes : 83,3 % de Serbes, 3,5 % de Hongrois, 2,1 % de Roms, 2 % de Bosniaques, 0,8 % de Croates, 0,7 % de Slovaques, 0,5 % de Monténégrins, 0,5 % de Valaques, et 6,6 % d’ethnies diverses.

La loi sur les Églises et les communautés religieuses reconnaît sept Églises et communautés « traditionnelles », qui ont une « présence historique et continue de plusieurs siècles en Serbie » : l’Église orthodoxe serbe, l’Église catholique romaine, l’Église évangélique slovaque, l’Église chrétienne réformée, l’Église chrétienne évangélique, la communauté islamique et la communauté juive.[2] Le statut juridique de ces communautés date de l’époque du Royaume de Yougoslavie. En plus de ces communautés, le gouvernement accorde le statut « traditionnel » au diocèse de Dacia Felix de l’Église orthodoxe roumaine, qui a son siège en Roumanie et son siège administratif à Vrsac, en Voïvodine. En vertu de la loi de finances de 2005, seules ces sept communautés bénéficient d’exonérations fiscales. L’État fournit également des fonds pour l’instruction religieuse de ces religions dans les écoles publiques. 0,12 % du budget de l’État est attribué au financement de leurs activités.

Les autres communautés religieuses doivent suivre des procédures d’enregistrement lourdes et souvent incohérentes. L’article 18 de la loi sur les Églises et les communautés religieuses dispose que celles qui ne sont pas considérées comme « traditionnelles » doivent fournir un mémorandum comportant les noms et signatures d’au moins 100 membres. L’enregistrement est impossible si le nom du groupe comprend une partie du nom d’un groupe préalablement enregistré. Cette loi a été contestée devant la Cour constitutionnelle le 5 octobre 2010, mais le 16 janvier 2013, la Cour a refusé d’apprécier la constitutionnalité d’un bon nombre de ses dispositions.

17 Églises « non traditionnelles » ont été officiellement enregistrées: l’Église adventiste du Septième Jour, l’Église méthodiste évangélique, l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (Mormons), l’Église évangélique en Serbie, l’Église de l’Amour du Christ, l’Église spirituelle du Christ, l’Union des Églises baptistes chrétiennes en Serbie, l’Église chrétienne nazaréenne, l’Église de Dieu en Serbie, la Communauté chrétienne protestante en Serbie, l’Église des frères du Christ en Serbie, l’Église libre de Belgrade, les Témoins de Jéhovah, l’Église du sacrement de Sion, l’Union du mouvement réformiste adventiste du septième jour, le Centre spirituel de l’Église évangélique protestante et l’Église évangélique du Christ.[3]

Les Églises orthodoxes grecque et russe ne sont pas enregistrées, mais elles sont reconnues par l’État et autorisées à opérer librement. L’Église orthodoxe monténégrine n’a pas été en mesure de s’inscrire, au motif que, selon le droit canonique orthodoxe, le chevauchement territorial entre diocèses doit être évité. L’Église orthodoxe roumaine n’a pas le droit d’opérer dans certaines parties du territoire serbe, et la minorité roumaine n’a pas toujours accès au culte en langue roumaine. Les membres de la minorité nationale bulgare ont également demandé à avoir accès au culte dans leur langue maternelle.

La religion a été admise dans les écoles publiques pour la première fois en juillet 2001, lorsque le gouvernement a adopté un décret sur la mise en œuvre de l’instruction religieuse dans les écoles primaires et secondaires.[4] Les élèves peuvent suivre des cours d’instruction religieuse ou d’éducation civique, obligatoirement une fois par semaine. L’instruction religieuse est enseignée par des prêtres et des laïcs qui sont choisis par les Églises et les communautés religieuses, et nommés et payés par le Ministère de l’éducation.

En février 2016, le Parlement serbe a légiféré sur la restitution des biens confisqués aux juifs qui en avaient été expropriés pendant l’Holocauste. En 2017, la Serbie a accordé une indemnité aux survivants, d’origine serbe, vivant à l’étranger. Selon l’Organisation mondiale de restitution juive, environ 1 000 survivants de l’Holocauste d’origine serbe vivent aux États-Unis et en Europe.[5]

Selon Strahinja Sekulić, directeur général de l’Agence de restitution de Serbie, les forêts, terres agricoles et terrains constructibles, qui avaient été confisqués, ont été restitués dans leur intégralité aux Églises orthodoxe serbe, catholique romaine, orthodoxe roumaine, chrétienne évangélique, gréco-catholique, chrétienne réformée, évangélique slovaque et à la communauté juive.[6] Les immeubles ont également été restitués aux Églises catholique romaine, orthodoxe serbe et évangélique et à la communauté juive.

En raison des divisions entre musulmans en Serbie, il n’y a pas eu de restitution à la communauté islamique. La Communauté islamique en Serbie (CIES) et la Communauté islamique de Serbie (CIDS) ont toutes deux déposé des demandes de restitution portant sur les mêmes biens, car elles prétendent chacune être le successeur légitime de la communauté religieuse islamique du Royaume de Yougoslavie, tel qu’enregistré en 1930.[7]

L’Église orthodoxe serbe est la plus grande Église du pays et occupe une place importante dans la vie publique et politique. Elle est l’une des institutions nationales les plus influentes et bénéficie clairement du soutien des autorités publiques actuelles, et d’un large accès aux médias.[8] L’article 11 de la loi sur les Églises et les communautés religieuses dispose que « l’Église orthodoxe serbe a joué un rôle exceptionnel dans l’histoire, l’édification de l’État et la civilisation, qui ont conduit à la formation, à la préservation et au développement de l’identité de la nation serbe ».[9] L’Église orthodoxe serbe est divisée en 6 métropoles, 40 éparchies, et une archiéparchie autonome.[10]Selon le bureau gouvernemental pour la religion, l’Église orthodoxe serbe compte 1962 prêtres et 1065 moines et moniales.[11]Le principal établissement d’enseignement pour les orthodoxes en Serbie est la faculté de théologie orthodoxe de Belgrade. Les fidèles orthodoxes serbes célèbrent leurs fêtes selon le calendrier julien.

En Serbie, les catholiques romains vivent principalement dans le nord de la Voïvodine, qui abrite des groupes ethniques minoritaires tels que les Hongrois, les Croates, les Slovaques et les Tchèques. L’Église catholique est organisée en quatre diocèses : l’archidiocèse de Belgrade et les diocèses de Subotica, Zrenjanin et Srijem.

Il y a plus de 230 églises, avec plus de 200 paroisses et 170 prêtres. L’Église catholique propose l’instruction religieuse dans des églises plutôt que dans des écoles, parce que les élèves catholiques sont dispersés dans différentes écoles publiques. L’Église catholique gère les établissements d’enseignement suivants : le séminaire de théologie Saint Augustin, l’Institut de théologie catéchétique et le lycée et séminaire classique diocésain Saint Paul, tous basés à Subotica.[12]

Les musulmans constituent 7 % de la population et forment numériquement le troisième groupe religieux. Ils vivent principalement dans le Sandžak, une région du sud-ouest du pays. La Communauté islamique en Serbie est basée à Sarajevo et la Communauté islamique de Serbie à Belgrade. Ces deux organisations rassemblent des musulmans sunnites de l’école de droit islamique hanafite, et il n’y a pas de différences religieuses entre elles.

La grande majorité des membres de la Communauté islamique en Serbie sont d’ethnie bosniaque. La composition ethnique des adeptes de la Communauté islamique de Serbie est très hétérogène et comprend des Roms, des Bosniaques, des Albanais, des Ashkalis, des Goranis, des Égyptiens, des Turcs et autres. Aujourd’hui, il existe plus de 190 mosquées en Serbie, dont 120 sont situées dans le Sandžak.[13]

En 2016, on estime que cinquante citoyens serbes, dont un certain nombre de femmes et d’enfants, se sont rendus en Syrie et en Irak pour rejoindre l’État islamique (Daech) et participer à la guerre. La majorité d’entre eux étaient des musulmans bosniaques de la région du Sandžak, mais quelques-uns d’entre eux ont été recrutés parmi les roms, y compris Goran Pavlovic, l’ancien imam de la « para-mosquée » Zemun. Selon les agents de renseignement serbes, des musulmans extrémistes prétendent être liés aux communautés wahhabites du Sandžak.[14]Selon les mêmes sources, huit combattants de l’État islamique de nationalité serbe ont été tués dans le cadre du conflit. Sept autres ont été condamnés à de longues peines de prison après leur retour de la zone de guerre syrienne.[15]

Les wahhabites sont nombreux surtout à Priboj et Sjenica, dans le Sandžak de Novi Pazar. Leur nombre exact est inconnu. Dans certains cas, ils ont pu causer des problèmes dans des mosquées, en interférant avec les cérémonies religieuses et en tentant d’imposer leur façon de prier. Après un certain nombre d’incidents dans les mosquées, la Communauté islamique en Serbie a banni les wahhabites de ses mosquées. Depuis, ils prient à leur domicile.[16]

En 2018, la Communauté islamique a célébré ses 150 ans d’existence en Serbie.

Incidents

En raison de l’entrelacement entre les identités nationale, ethnique et religieuse, des tensions souterraines sous-tendent la société serbe. Les incidents signalés ci-dessous sont considérés comme importants, parce qu’ils dépassent cette fracture ethnico-religieuse.

Le 18 avril 2018, la chambre d’appel du Tribunal pénal international a condamné Vojislav Šešelj à une peine de 10 ans de prison pour crimes de guerre contre la minorité nationale croate de Serbie, au début des années 1990. Le prisonnier a alors fait savoir qu’il était prêt à répéter ses crimes, mais cette fois contre le leader d’origine croate en Serbie, Tomislav Žigmanov.[17]

Le 17 avril 2018, au cours d’une session du Parlement national serbe, des membres du Parti radical ont encerclé, insulté et menacé la députée du Parti Démocrate Aleksandra Jerkov lorsqu’elle a parlé de la sentence infligée au criminel de guerre Vojislav Seselj. Nemanja Sarovic, un député du Parti Radical Serbe auquel appartient le politicien reconnu coupable, l’a qualifiée de menteuse et a nié les crimes pour lesquels son chef avait été condamné au Tribunal de la Haye.[18]

Le 24 mars 2018, des inconnus ont attaqué et battu à mort Nazir Salihović, imam âgé de 63 ans d’une mosquée de la ville de Novi Pazar. L’imam Salihović a été attaqué alors qu’il rentrait chez lui après avoir dirigé la prière de nuit à la mosquée. La police a ouvert une enquête pour identifier les assaillants.[19]

Le 26 mai 2017, à la veille du Ramadan, les autorités locales de Belgrade ont démoli une mosquée construite illégalement à la périphérie de la capitale serbe. Sa construction avait débuté en 2014, alors que les autorités avaient refusé de lui octroyer un permis de construire.[20]

Environ 20 000 musulmans pratiquants vivent à Belgrade et la seule mosquée a été construite en 1575 pendant l’occupation turque ottomane. Le mufti Muhamed Hamdi Jusufspahic, chef de l’Assemblée suprême de la Communauté islamique de Serbie, a déclaré que les autorités de Belgrade n’avaient pas délivré un seul permis de construction à la communauté musulmane au cours des cinq dernières décennies. Le Ministère de la Justice serbe a nié de telles accusations. Mileta Radojevic, qui est à la tête du département de coopération avec les communautés religieuses du ministère, a déclaré que la Serbie remplissait tous les critères de l’UE pour garantir les libertés et droits religieux et respectait ses engagements constitutionnels.[21]

 

Perspectives pour la liberté religieuse

On observe des progrès en ce qui concerne la restitution des biens aux communautés religieuses. Cependant, des discours de haine se multiplient dans les débats publics, autour de fractures ethniques. Ce problème ne semble pas en voie de diminution. Des incidents comme ceux qui se produisent au Parlement national ont une influence significative sur les relations interreligieuses et sur les relations entre minorités nationales et religieuses.

Le dialogue interreligieux n’a pas connu d’amélioration significative. Il est rare et demeure dirigé par des représentants religieux locaux. Il reste à voir comment les récentes tensions politiques influeront sur le statut des minorités nationales et religieuses et la liberté religieuse dans ce pays.

 

Notes de fin de texte / Sources

[1] The Law on Churches and Religious Communities, Articles 1, 2, 3. Official Gazette of the Republic of Serbia »no 36/06, http://ravnopravnost.gov.rs/en/legislation/republic-of-serbia-legislation/

[2] Ibid, Article 10, Official Gazette of the Republic of Serbia »no 36/06, http://ravnopravnost.gov.rs/en/legislation/republic-of-serbia-legislation/

[3] The Register of Churches and Religious Communities, Government Office for Cooperation with Churches and Religious Communities http://vere.gov.rs/KSCVZ/uploads/Dokumenti/RegistarCrkavaIVerskihZajednica.pdf

[4] Official Gazette of the Republic of Serbia, No. 46/2001 of 27th July

[5] BETA AGENCY, Usvojen zakon o vraćanju imovine jevrejskoj zajednici, The Jewish Restitution Property Law, Adopted, N1 TV, February 2, 2016 http://rs.n1info.com/a134202/Vesti/Vesti/Usvojen-zakon-o-vracanju-imovine-jevrejskoj-zajednici.html

[6] BETA AGENCY, Sekulić: Obeštećenje za oduzetu imovinu od 2018, Sekulić: The Confiscated Property Refund will start in 2018, N1 TV, 15 août 2017 http://rs.n1info.com/a290972/Vesti/Vesti/Restitucija-Obestecenje-za-oduzetu-imovinu-od-2018.html

[7] Drasko Denovic, ‘Srbija: Restitucija –Dokle smo stigli?’, June 6, 2011, Centar9 (page consultée le 24 février 2018), http://www.centar9.info/articles/pdf/RESTITUCIJA_-_Clanak_final.pdf

[8] Miroslava, Malesevic. ““Christian Orthodox Religion Affiliation as a Core of National

Being in Post-Communist Serbia”. Collection of Papers of the Ethnographic Institute,

Volume XXII, “Everyday Culture in Post-Socialist Period”, (Belgrade: Ethnographic

Institute of the SASA (Serbian Academy of Science and Arts), 2006)

[9] The Law on Churches and Religious Communities, Article 11. Official Gazette of the Republic of Serbia »no 36/06, http://ravnopravnost.gov.rs/en/legislation/republic-of-serbia-legislation/

[10] Constitution of the Serbian Orthodox Church, 1957, Belgrade http://www.spc.rs/eng/church

[11] Jelena Tasić, September 21, 2009. Danas  https://www.danas.rs/politika/iz-budzeta-330-miliona-dinara-za-spc/

[12] The data  have been collected through http://www.hnv.org.rs/katolicka_crkva.php

[13] The data have been collected through https://mesihat.org/, https://www.rijaset.rs/

[14] Migration Research Institute, Black Banners in the Western Balkans, MRI, 25 janvier 2018, https://www.migraciokutato.hu/en/2018/01/25/black-banners-in-the-western-balkans-jihadis-in-serbia-bosnia-albania-kosovo-and-macedonia/

[15] RFE/RL BALKAN SERVICE, Serbia Jails Seven Muslims For Involvement In Syria War, RFE, 4 avril 2018 (page consultée le 6 avril 2018), https://www.rferl.org/a/serbia-jails-seven-muslims-syria-war-involvement/29145260.html

[16] Elizabeth Kendal, Serbia: Wahhabi Activism In Sandzak, EA Foundation, 2012, http://www.ea.org.au/ea-family/religious-liberty/serbia–wahhabi-activism-in-sandzak

[17] Nataša Latković, Scandalous Seselj threats: I am Ready to Repeat My War Crimes. This time I will start with Tomislav Žigmanov and Nenad Čanak, Blic, 12 avril 2018, https://www.blic.rs/vesti/politika/skandalozne-seseljeve-pretnje-jos-intenzivnije-cu-da-ponovim-svoje-ratne-zlocine/40qjf0l\\

[18] Nataša Latković, We Have Asked Serbian Radical Party MP About Insults Toward MP Aleksandra Jerkov And His Answer is Disgraceful,  Blic, 17 avril 2018 https://www.blic.rs/vesti/politika/to-sto-je-ona-ustaska-kva-to-je-njena-stvar-pozvali-smo-poslanika-srs-koji-je-vredao/9fg7r0x

[19] Kurir.rs/Tanjug, Brutalno pretučen imam u Novom Pazaru, Imam “beaten to death” in Novi Pazar, Kurir, 23 mars 2018, https://www.kurir.rs/crna-hronika/3018167/brutalno-pretucen-imam-u-novom-pazaru-prebacen-u-bolnicu-lekari-mu-se-bore-za-zivot

[20] Jelena Mirković, Srušena nelegalni vjerski object Islamske zajednice, The illegally built Islamic community building  demolished, N1 Belgrade, 26 mai 2017 http://rs.n1info.com/a251443/Vesti/Vesti/Srusena-dzamija-u-Zemun-Polju.html

[21] Aleksandar Vasović, With just one mosque, Belgrade’s Muslims are forced to improvise, Reuters, 15 novembre 2017, https://www.reuters.com/article/us-serbia-islam-mosques/with-just-one-mosque-belgrades-muslims-are-forced-to-improvise-idUSKBN1DF1KB

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